Comment l’IA bouleverse-t-elle le secteur du livre ?

Page de manuscrit stylisée, dont certains passages sont surlignés

L’actualité bouillonnante du monde de l’édition vient illustrer de manière très opportune l’un des thèmes de mon cours à Sciences Po Toulouse : comment l’IA bouleverse-t-elle le secteur du livre et le processus éditorial ?

La polémique sur l’ouvrage de Thélyson Orélien soulève de nombreuses questions. Durant les premiers jours du débat, j’ai souvent entendu que le contrat de confiance avec le lecteur était rompu. Cette réaction interroge sur les stéréotypes accolés à l’écriture, encore perçue comme un acte purement solitaire devant une page blanche.

La réalité de la production d’un ouvrage est tout autre. Le livre est le fruit d’une création nourrie par un contexte (l’influence d’un entourage, les bêta-lecteurs) et par le travail de correction de l’éditeur ou de l’éditrice. Les équipes marketing et commerciales de la maison d’édition ou du diffuseur peuvent aussi influer, par exemple, sur le choix d’un titre ou d’une couverture. La valeur symbolique du livre se heurte à sa réalité économique et collective, sans doute est-ce cela qui vient bousculer l’imaginaire du grand public.

Cela questionne aussi directement les usages de l’IA dans le processus de création. Son utilisation doit-elle être entièrement proscrite ou limitée à certaines actions ? Réaliser un travail de recherche documentaire avec l’IA est-il acceptable quand l’utiliser pour retravailler le style ne le serait pas ? Dans l’émission C ce soir du 24 septembre 2026, Virginie Despentes se demandait comment évincer l’IA alors qu’elle est déjà au cœur de tous nos usages, intégrée à nos traitements de texte, à nos moteurs de recherche, à nos réseaux sociaux.

La question se pose aussi au sein des maisons d’édition. Le groupe Madrigall (Gallimard) a annoncé vouloir passer au détecteur d’IA tous les manuscrits reçus à partir de 2027 (1). Mais ce contrôle des auteurs s’accompagnera-t-il également d’un rejet de l’IA par les éditeurs ? Que penser d’une maison qui glisserait ces outils dans la préparation de copie ou la correction ? L’IA n’est-elle pas déjà à l’œuvre dans certains groupes éditoriaux, pour prédire le potentiel commercial d’un livre ou ajuster son tirage ? Cette question me semble bien plus vertigineuse pour l’avenir de la bibliodiversité que l’usage d’un correcteur algorithmique par un auteur isolé.

Trois recommandations pour aller plus loin

  • Thélyson Orélien : la littérature à l’ère du soupçon ?, C ce soir (France 5) : voir l’émission
  • Quand l’IA tue la littérature, de Stéphanie Parmentier (PUF) : présentation de l’ouvrage
  • La charte de l’usage de l’IA dans l’édition en Belgique, rédigée par le PILEn (Partenariat interprofessionnel du livre et de l’édition numérique) : consulter la charte

(1) https://actualitte.com/article/134842/technologie/suite-aux-cas-d-ia-dans-la-rentree-litteraire-gallimard-prend-des-mesures