La surproduction dans l’édition comme modèle économique

surproduction dans l'édition

« Nous ne nous résignerons jamais à une société qui choisit de publier moins pour lire moins » a affirmé Antoine Gallimard, dans le Monde. Cette déclaration fait suite à la publication du rapport Racine sur « l’auteur et l’acte de création ». L’alibi brandi de l’appauvrissement culturel ne sert qu’à défendre un modèle économique fondé sur la surproduction. L’idée n’est pas de publier moins pour lire moins mais de publier moins pour lire mieux et en respectant les différents acteurs de la filière du livre.

Pourquoi parle-t-on de surproduction dans l’édition ?

Plus de 100 000 livres sont parus en 2018, en France (70 000 en 2016) (source) . Si les éditeurs produisent autant c’est principalement à cause de leur modèle économique.

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Prenons un exemple : Un livre A paraît à 10€. 1000 exemplaires sont placés en librairie par le distributeur (1). Le distributeur verse alors le pourcentage revenant à la maison d’édition (environ 40%) sur ces 1000 exemplaires, soit 4000€. Les libraires peuvent ensuite commander plus d’exemplaires (réassort) auquel cas l’éditeur touche à nouveau son pourcentage sur les exemplaires placés. Mais les libraires peuvent aussi renvoyer les livres au distributeur (pendant 1 an), on appelle cela les retours. En cas de retours, le distributeur va demander à la maison d’édition de rembourser ce qu’elle a touché sur ces exemplaires. Pour 100 retours, dans notre exemple, elle devra verser 400€ au distributeur. Multiplier par de nombreux ouvrages, ces retours peuvent représenter des sommes importantes.

Surproduire pour financer les retours

L’objectif des éditeurs est donc de ne pas avoir à payer ces retours. Pour cela, ils ont intérêt à publier des livres très régulièrement car à chaque sortie en librairie, le distributeur leur paie le placement. Ainsi, quand ils ont les retours du livre A, le placement du livre B (1000 exemplaires à 10€) leur permet de ne pas avoir à rembourser le distributeur. Le distributeur versera : le placement du livre B 4000€ moins les retours du livre A 400€ soit 3600€.

Surproduction dans l’édition et titres à enjeux

La conséquence, c’est que les éditeurs ont des titres à enjeux (ceux auxquels ils croient et pour lesquels ils vont investir un peu en communication) et une énorme quantité de livres B, chair à canon de l’édition, qui ne sert qu’à compenser les retours. L’impact se fait sentir pour les auteurs dont les à-valoir et les pourcentages baissent puisque ces livres B ne doivent évidemment pas coûter trop chers…

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L’impact de la surproduction dans l’édition pour les auteurs

Les retours sont aussi un problème pour payer les droits d’auteur et l’une des causes pour lesquels ils sont payés avec un décalage d’un an. Les éditeurs veulent éviter de payer des droits sur des livres qui peuvent revenir... On trouve d’ailleurs souvent une clause de provision sur retour dans les contrats d’auteur. Elle permet à l’éditeur de conserver une partie des droits qui devraient être versés en cas de retours.

(1) Le diffuseur / distributeur est un intermédiaire auquel les maisons d'édition font appel pour assurer la distribution de leurs livres auprès des librairies. Il gère les stocks de la maison d'édition et l'approvisionnement des librairies ainsi que la présentation commerciale des ouvrages aux libraires.

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