Comprendre la chaîne du livre en une infographie

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Mon parcours professionnel m’a permis de voir la chaîne du livre à travers différents rôles : auteur, éditrice, chargée de la communication digitale d’une maison d’édition ou lectrice curieuse de comprendre la vie d’une librairie (et de mes amis libraires). En discutant avec des personnes qui ne sont pas du milieu de l’édition et parfois même avec des professionnels, je me suis aperçue que les maillons de la chaîne du livre sont souvent mal connus. Les difficultés rencontrées par chaque acteur de cette chaîne sont également incomprises.

La chaîne du livre en un schéma

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Éditeurs et auteurs : la discorde

Quels sont les reproches faits aux éditeurs ? Face à une situation économique compliquée et à une paupérisation des auteurs (41% des auteurs professionnels gagnent moins que le SMIC), les éditeurs sont souvent pointés du doigt pour leur manque d’engagement et de transparence. Les auteurs leur reprochent :

  • Des droits faibles : entre 6 et 10% du prix du livre (à partager s’il y a plusieurs auteurs pour un même ouvrage)
  • Un manque de transparence sur la vie du livre (délai très long pour connaître les ventes)
  • Des contrats qui couvrent des domaines parfois inexploités par la maison d’édition (cession de droits à l’étranger, audiovisuels, numérique).

Les investissements de l’éditeur

Ces reproches pourraient pousser à se tourner vers d’autres modes d’édition mais il faut aussi être conscient des investissements réalisés par une maison d’édition :

  • Correction éditoriale
  • Réalisation de la maquette / de la couverture
  • Impression
  • Plan de promotion et de communication

La qualité de cet investissement est variable d’une maison d’édition à l’autre mais aussi d’un titre à l’autre. Les maisons d’édition investiront plus sur ce qu’elles appellent « les titres à enjeux » ( livres d’auteurs connus ou qui se sont déjà bien vendus à l’étranger).

Les droits d’auteur

La Charte a un slogan à ce sujet : « Si le livre était une pomme, les auteurs auraient les pépins ». Cela est dû aux droits d’auteur qui sont peu élevés (avec les taux les plus bas en littérature jeunesse par tradition) mais pas seulement. Pour que l’auteur (et l’éditeur) gagne de l’argent, il faut que son livre s’écoule à un certain volume. Or, les tirages (moyenne en France : 5000 ex) et les mises en place en librairie baissent constamment face à une inflation du nombre de sorties (1). Le résultat, c’est qu’un livre reste peu en librairie s’il ne convainc pas dès le début (avec une grosse promo, par exemple). Ainsi, l’immense majorité des auteurs n’aura rarement plus que son à-valoir.

Anecdote : un ami libraire m’expliquait, en novembre 2017, qu’il avait reçu tellement de cartons Hachette (distributeur) sur une courte période qu’il en avait renvoyés sans même les ouvrir.

Pour mieux comprendre, vous pouvez vous amuser à faire des simulations de droits sur le site créé par Denis Bajram pour calculer le montant des droits d’auteur en fonction des ventes.

Être un auteur riche
Un exemple de calcul de droits avec le site de Denis Bajram

1 – http://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Livre-et-Lecture/Documentation/Publications/Chiffres-cles-du-secteur-du-livre/Chiffres-cles-du-secteur-du-livre-2016-2017

Le manque de transparence

Tous les auteurs ont envie de suivre les ventes de leur(s) livre(s) mais ils se heurtent à un manque de transparence des maisons d’édition. La reddition des comptes n’est donnée qu’un an après publication et concerne l’année précédente.

Exemple : pour un roman paru en juin 2017, l’auteur reçoit la reddition des comptes pour l’année 2017 entre juin et septembre 2018.

Souvent cette reddition des comptes est accompagnée d’une provision pour retour : c’est-à-dire qu’une partie des droits dus à l’auteur sont conservés par la maison d’édition pour compenser un éventuel retour des livres placés en librairie. Si les maisons d’édition font ça, c’est parce qu’elles-mêmes n’ont pas les chiffres de vente des livres. Le chiffre dont elle dispose (fourni par leur distributeur) est celui du nombre d’exemplaires placés en librairie. Or placé ne veut pas dire vendu !!! Puisque les libraires ont un an, parfois plus, pour renvoyer les livres. Mais est-ce que ce risque sur retour doit peser sur l’auteur ? 

Le Premier ministre, Édouard Philippe a évoqué une réflexion en cours pour pallier ce problème en proposant que la reddition des comptes soit faites à partir des chiffres de sorties de caisse des librairies. Reste à savoir si cela profitera davantage aux auteurs (suppression de la provision pour retour) ou aux maisons d’édition qui payaient jusqu’ici sur les placements et non sur les ventes… 

Comprendre l’économie d’une maison d’édition

Si une maison d’édition sort un livre A en janvier, son distributeur lui versera en avril sa part sur les exemplaires placés. Si le livre se vend mal et que 500 exemplaires sont revenus des librairies en avril, la maison d’édition devra rembourser au distributeur sa part sur ces 500 exemplaires, en mai. Dans les faits, cela est peu fréquent dans les grandes maisons d’édition car le rythme de parution soutenu permet de compenser les retours avec les parutions. D’où l’intérêt à produire beaucoup pour avoir un fonds de roulement…

Le diffuseur / distributeur : acteur incontournable de la chaîne du livre

23 % de la part du gâteau du prix du livre revient au diffuseur / distributeur mais pour quelles actions ? De plus en plus concentré, le marché de la diffusion / distribution est dominé par quelques groupes en France (Hachette, Sodis, Interforum…).

Le rôle du diffuseur / distributeur

Il faut distinguer ici les deux activités :

  • Le diffuseur : il s’occupe de la commercialisation du livre auprès des libraires en présentant le catalogue des maisons d’édition et en prenant les commandes
  • Le distributeur : il stocke les livres pour l’éditeur et s’occupe d’approvisionner les librairies et de gérer les retours.

Certaines maisons d’édition gèrent leur diffusion / distribution mais dans la majorité des cas, elles ont recours à une société tiers. Une bonne diffusion / distribution est incontournable pour avoir un minimum de visibilité et une présence en librairie.

Les dysfonctionnements de la diffusion / distribution

L’anecdote : Une éditrice m’a dit en plaisantant « il vaut mieux avoir une maison d’édition dont le nom commence par un A que par un Z, tu as plus de chance que les repré’ arrivent jusqu’à tes livres ».

La blague en est à peine une tant les représentants commerciaux du diffuseur ont de livres à présenter. Car ils ont les catalogues de plusieurs dizaines de maisons d’édition (parfois en concurrence) à montrer aux libraires ! Comment alors avoir le temps de montrer toutes les nouveautés tout en travaillent les titres du fond (les parutions plus anciennes) ? Et programmer des dédicaces en plus ? Eux aussi se concentrent sur les titres à enjeux définis par les maisons d’édition.

Le manque de transparence sur les ventes : le diffuseur / distributeur met à la disposition de l’éditeur un logiciel (Cyclade chez Hachette, par exemple) de suivi des stocks. Il permet à l’éditeur de suivre les placements chez les libraires au jour le jour avec les mouvements de retours et de réassort. Cela donne une tendance, bien sûr, mais comme souligné précédemment, placé n’est pas vendu ! Et l’éditeur peut avoir des retours massifs.

Voici un aperçu d’une fiche de suivi d’un titre fourni par le distributeur à l’éditeur.
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